Wednesday, December 23, 2009
















Le café est prêt.
J'approche la tasse de mes lèvres froides. Je souffle. Je souffle encore.
Le café me fait du bien et je commence à me dire que la journée ne sera pas si pourrie.

J'entrouvre le store et l'aperçois.
Elle est en train de s'habiller, et sa grâce habituelle me fascine.
Elle disparait un instant dans sa chambre puis réapparait vêtue d'un simple jean.
Une rue et deux fenêtres nous séparent, mais je sens sa chaleur et son parfum comme s'ils effleuraient ma peau. Elle s'allume une cigarette et se tourne vers moi. Elle ne peut me voir. Pourtant je ne bouge plus, ne respire plus. Mon cœur s'accélère. Elle fixe ma fenêtre. Elle ne peut pas me voir. Se sent-elle observée. Sait-elle que je suis ses moindres faits et gestes depuis que j'ai emménagé ici et que je suis tombé sur elle un soir que je fermais les rideaux?

Elle se retourne et écrase sa clope dans un cendrier métallique.
Je sens mes veines se gonfler et mes oreilles se boucher.
Cette femme me rend fou.

Wednesday, December 2, 2009

Niki















Je m’appelle Niki, j’ai 28 ans, je me tape un mec différent tous les soirs, je bosse dans la finance, je vis entre Tokyo, Hong Kong, Londres et New York, j’ai un loft à Big Apple, et un hôtel particulier dans le Marais à deux pas de la Seine, je roule en porche 911 Carrera violette (cette couleur est d’ailleurs devenu mon surnom pour beaucoup de mes amis), je prends l’avion en première est-il nécessaire de le préciser ?, je connais beaucoup de personnes influentes et riches, je n’ai pas d’enfants et ne compte pas en avoir, de toutes façons je suis stérile, je prends beaucoup de drogue (coke, exta, valium, popers, alcool, clopes et fume,…), je passe peu de temps dans chez moi et alterne bureau avec bars, restos et boîtes branchés, je suis adepte du fooding et j’achète beaucoup d’œuvre d’Art que je revends ensuite, je suis contre l’écologie et déteste les végétariens, je hais les hippies, les beaufs, ceux qui ne savent pas parler Anglais, ceux qui ne connaissent pas Henri Miller, Charles Bukowski, William Faulkner et Salinger, ceux qui n’ont jamais oublié leur soirée de la veille, ceux qui vivent encore chez leurs parents, les couples mariés, les enfants, les couples tout court, les vieux, les pauvres et les gens ordinaires, je n’écoute que de la musique électronique vu qu’elle rythme mes nuits et mes trajets en avion, je ne vis que pour gagner plus d’argent, avoir plus d’amis, avoir plus de pouvoir, avoir les plus belles fringues, les plus belles montres et les plus belles caisses, être au top de ce monde de merde et fuir l’ennui insipide qui teinte mes quelques instants de clame.

Je m’appelle Niki, j’ai 28 ans et je suis seule. Mais je m’en bats les couilles. Je suis l’homme que mon père aurait voulu avoir, je suis la femme que ma mère a toujours adulé, je suis la maitresse de ce monde de has been, rien ne peut m’arrêter, rien ne peut m’atteindre ni me toucher, rien ne m’intéresse sinon moi, je ne vis que pour moi et m’en satisfait au plus haut point. Je n’en ai rien a foutre de la pauvreté, du réchauffement climatique, de la religion et de l’amour, de toutes façon on finira tous dans un trou à un moment ou un autre, alors à quoi bon se prendre le chou. Les contrats que je signe sont ma fierté et mes sacs Chanel ma récompense. Je baise un mec différent tous les soirs et je le jette aussitôt après comme un vulgaire sex toys, jouet qui me comble d’ailleurs parfois plus qu’un véritable être de chair. Les relations profondes ne m’intéressent pas, je n’appartient et n’appartiendrai jamais à personne, mais chaque personne que je croise est à ma merci et n’est là que pour me servir. Ma fin, c’est mes moyens.

Je ne prends pas beaucoup de vacances car je n’aime pas ça. Je n’aime pas rien faire, je n’aime pas faire semblant de m’amuser au milieu de con qui se font cramer le cul sur une plage à la con, je n’aime pas découvrir d’autres cultures, je n’aime pas être dans des groupes de touristes qui représentent tout ce que je hais, je n’aime pas m’adapter au rythme local, à la mentalité locale, aux fringues locales. Mes seules vacances se déroulent à Ibiza, St Trop ou Cancun. Je ne sais pas cuisiner et je ne m’y suis jamais essayé, je n’ai même pas de cuisine dans mes apparts, et je dine dehors tous les soirs. Le midi je ne mange jamais, certains pensent que je suis anorexique mais je suis juste maigre, et ma coupe de cheveux garçonne et mon manque de poitrine font que l’on me trouve peu de féminité. Normal, je n’aime pas ça. Si je pouvais me laisser pousser une moustache, je le ferais surement. Je passe beaucoup de temps à courir sur un tapis roulant en caoutchouc pendant que je regarde mes séries sur écran géant. Je ne mets jamais les pieds dans une salle de gym, j’ai installé ça chez moi. Je n’aime pas être au milieu de pèquennots quand je fais un effort physique. En plus ces salles puent et regorgent de pervers.

Je m’appelle Niki, j’ai 28 ans et je méclate.

Friday, November 20, 2009

3 mois

















Il est 4h du mat et je ne sais pas quoi faire. Je suis réveillé depuis 2 h déjà et la vue du plafond commence sérieusement à m’ennuyer. Il sa passe quelque chose dehors, j’entends quelqu’un qui parle dans la rue. On dirait une langue étrangère, du Russe peut-être. Le ton est assez sec et limite agressif. La personne à qui il parle doit passer un sale quart d’heure. J’ai laissé la fenêtre ouverte car j’avais chaud ; bizarre pour une nuit de Décembre au Canada. L’inconnu a cessé de parler et je me lève pour me servir un verre de café ; je ne dormirai plus aujourd’hui.

Cela fait maintenant à peu près 5 ans que je suis en proie à une insomnie sans pitié. J’ai à peine le temps de m’endormir que je me réveille, et sitôt réveillé je ne me rendors plus. Le taux de café dans mon sang atteint des niveaux dangereux ce qui ajoute à la souffrance de mes nerfs. Je ne suis pas sorti de mon appart miteux depuis trop longtemps et je ne me souviens pas avoir parlé durant les 15 derniers mois, sauf peut-être à mon reflet dans le miroir. Je ne me lave plus beaucoup et ne mange quasiment que des nouilles chinoises en sachets saveurs poulet, bœuf et canard.

Il neige beaucoup et cela me fait du bien ; c’est mon seul réconfort. La vue depuis mon appartement n’est pas extraordinaire, mais apercevoir la ruelle immaculée m’apaise. Dans trois mois je pourrai à nouveau sortir et faire mon retour à la civilisation ; dans trois mois cela fera trente ans que j’aurai tué cette jeune fille parisienne. Dans trois mois je serai libre. J’ai changé tellement de fois d’identité que je ne me souviens plus de mon véritable nom. J’ai déménagé un nombre incalculable de fois, et ce dans des pays si différents que je sais plus d’où je viens ni où je vais. Mon visage a été si souvent modifié que je ne me reconnais plus. Ma voix tremble parfois si fort que je n’y entends plus la vie.

J’ai fui quasiment toute ma vie pour un crime que j’ai commis, pour un instant de folie, une crise passagère qui jamais ne s’est reproduite. J’ai quitté femme et enfant, amis, travail, famille, pour aller aussi loin que possible et oublier ce drame. Lâche, j’ai voulu avant toute chose que jamais ma culpabilité ne soit découverte. Avant de penser à agir comme un homme et me livrer comme il se doit, j’ai cherché à ne pas affronter mes démons. Je n’ai protégé personne et tous les êtres qui m’étaient chers à cette époque m’ont vu disparaître du jour au lendemain sans explication. Je suis mort à leurs yeux. Peut-être à juste titre.

J’ai vécu dans la peur et l’incompréhension durant la moitié de ma vie. Pas la meilleure. Je n’ai jamais compris pourquoi je succombai à cette pulsion de mort le 9 Mars 1980. Je n’ai jamais compris ce qui se passa dans ma tête lorsque subitement je saisi la tête de cette femme et la tordai violemment lui brisant ainsi le cou. Une seconde tout au plus. Une seconde. Une seconde et elle était morte, allongée sur le sol à mes pieds. Une seconde et ma vie s’arrêta. Depuis, tout n’est que folie, doute, peur, fuite, rage et ténèbres. Le plus étrange, c’est que depuis, j’attends. J’attends quoi ? Au début j’attendais que ma peur passe, que je me calme et que je puisse rentrer me rendre. Puis, voyant que je n’y arriverais jamais, j’ai attendu d’être châtié, qu’un accident vienne me punir tel une main divine. Après cela, j’ai attendu une rédemption, un signe ou une foi intérieure qui me permettrait de croire à un pardon. Mais rien de tout cela n’arrivait et je m’enfonçai plus profondément dans ma folie chaque jour. Enfin je me suis mis à attendre la fin. La fin de quoi ? De ma peine. 30 ans. 30 ans, et après il y a péremption. 30 ans et je ne suis plus reconnu coupable de ma faute. J’y ai vu la seule solution, le seul espoir. J’y trouvai un pardon donné fictivement par la société. J’y trouvai une punition car dès lors je devrais vivre avec le poids du faux innocent. J’y ai même vu un espoir d’enfin pouvoir rentrer chez moi, libre. Mais le pourrai-je ?

Plus que trois mois.

J'arrive
















Chaque seconde qui passe me rapproche un peu plus de toi.

Je suis dans un train qui file comme le son. Il fait vide autour de moi. Chaque paire d'yeux tente de s'échapper en regardant le paysage défiler. Il fait calme mais je suis trop impatient.

Le contrôleur contrôle. Le serveur sert. Le conducteur conduit. Le voyageur voyage et le lecteur lit. J'attends.

Il fait froid autour de moi et mon coeur brûle de te retrouver. M'attends-tu seulement?

J'écris sur un bloc note trouvé dans cet hôtel moisi. J'y ai passé la nuit, sans toi; pour te retrouver. Te souviens-tu de moi?

J'espère. J'espère retrouver une partie de ma vie en te voyant. J'espère retrouver une partie de moi, une partie de ce que j'ai perdu. Une partie de moi qui s'est envolée depuis longtemps. La bonne partie de moi.

Ce train fonce droit dans le mur.

Je ne me souviens que de ces paroles:

"Caresses-moi veux tu? J'aime quand tu me caresses, quand tu me prend dans tes bras ou quand tu me jettes sur le lit. Aimes-moi, allez vas-y, aimes-moi. J'aime quand tu t'oublies en moi. As-tu déjà connu le grand amour? As-tu déjà vécu une passion dévorante? As-tu déjà été fou d'amour au point de ne plus te contrôler, de ne plus savoir qui tu es, ce que tu veux ni où tu vas? As-tu déjà connu le grand frisson?"

Tu me manques. Cela fait des mois que je ne penses plus qu'à toi et à cette nuit passée ensemble. Nuit unique. Unique nuit. Et aujourd'hui me voilà sur tes traces, chassant une ombre qui peut-être ne veut plus de moi.

Attends-moi, j'arrive.

Wednesday, November 18, 2009

Viens dans mes bras chéri
















"CETTE FOIS TU VAS ME FOUTRE LA PAIX!!!"

L'enfant était rouge de colère et sa mère pétrifiée.
Il la regardait avec haine et tenait fermement un hachoir dans sa main gauche.
Elle s'était blottit dans un coin de la cuisine, entièrement à sa merci.
On entendait les voisins de l'étage du dessus qui rigolait devant une émission de télé débile.

"Doucement mon chéri, repose ça et calme toi"
"JE SUIS TRES CALME ET TU ARRETE DE ME DIRE CE QUE J'DOIS FAIRE OK?!!"
"Oui mon ange, voilà tout va bien."

Le jeune garçon relacha sa tension mais continua de regarder sa mère d'un air sceptique et mauvais. Il posa lentement son arme sur la table. Ses muscles restaient tendus cependant.

"Ok chéri, viens faire un bisous à Maman maintenant."

Il s'avança lentement et s'arrêta à quelques pas d'elle.

"Allez viens mon amour."

Les voisins hurlaient de rire devant leur émission, et leur chien s'y était mis aussi.
L'ampoule de l'unique lampe de la cuisine sortait du plafond tel un diable d'une boîte.
Elle sauta et plongea nos deux protagonistes dans l'obscurité.

L'enfant se raidit. Sa mère pleurait en silence. Les ténèbres rendirent invisibles ses larmes tout comme ils masquèrent le garçon qui récupérait délicatement son arme.

"Viens chéri, viens dans les bras de ta Maman."




Tuesday, November 17, 2009

Suis-moi















Il faisait nuit.
Chaque habitant du quartier s'était réfugié chez lui, et la lune scintillait lugubrement.
Je marchais nonchalamment sur les traces de mon ombre lorsque j'entendis un bruit derrière moi.
Je me retournai et vis un chien aux yeux rouges qui me fixait étrangement.

"Suis-moi", m'ordonna-t-il.

Ce n'est pas tant le fait qu'un chien effrayant me parle qui m'incitat à le suivre, mais plus l'autorité naturelle de sa voix qui me força à avncer derrière lui.
Je le suivis jusqu'à l'aurée du bois.
Il s'arrêta avant d'y entrer, là où semblait débuter un chemin.

"Suis ce chemin."
Je m'executai.

Le chemin s'enfonçait au milieu d'arbres de plus en plus denses. Je ne distinguais plus rien et sombrai dans le néant. C'est alors que je devinai une lueur tentant de percer la végétation fournie. Me frayant un passage tant bien que mal, je parvenai à rejoindre cette lumière salvatrice.

Aveuglé par l'éclat mystique, je trébuchai et roulai sur moi-même. Je fus arrêté par une rivière qui m'accueillie chaleureusement. Toujours éblouit par les rayons lumineux qui m'arrivait dessus de toutes parts, je me relevai et fis face à l'inconnu invisible.

Je sortis de l'eau et à ma grande surprise, m'aperçu que j'étais sec. Je regardai autour de moi et ne voyait que lumière éclatante, ne distinguant ni forme ni son, ni couleur ni relief.

C'est alors que j'entendis: "Tu es arrivé"


Saturday, November 14, 2009

Quelque chose de fort

















Il était allongé sur le lit et fumait une cigarette.
L'air était sec. Elle dormait encore.
Il éteignit sa clope et se planta la seringue dans le bras.

Quelques années plus tard il retomba sur elle par hasard lors d'une soirée.
Un vernissage d'un peintre quelconque.
Elle n'avait pas changé.
Lui si. Beaucoup.

Elle le craignait toujours et tenta de l'éviter en mimant l'intérêt devant les toiles monochromées.
Il la connaissait bien. C'est armé d'un sourire et de deux flutes d'un champagne un peu trop pétillant qu'il s'approcha d'elle.

"Tu vas bien?"
Feignant la surprise et l'enthousiasme, son visage se fendit d'un grand sourire. Un peu trop grand.
"Oh, toi ici? C'est dingue la vie, non?"
"T'as raison, c'est dingue. Tu n'as pas changée."
"Toi si. Beaucoup."
Les silences signifient souvent une gène. Ce fut le cas ici.
"Tu connais cet artiste, improvisa-t-elle, il fait fureur en ce moment."
"Non, mais j'aime pas ce qu'il fait. Tu fais quoi après?"
"Euh,...je dois retrouver une amie dans ce club qui a ouvert au coin de"
"Laisse tomber ton amie et dine avec moi."
"Ecoute, euh, je crois pas que ce soit une bonne idée, tu sais. Je suis pas prête à"
"Comme tu l'as dit j'ai changé. Beaucoup. Ce sera différent cette fois."
"Non, je...je suis content que tu ailles mieux, mais je préfère qu'on ne se voit plus. Tu sais j'ai mis du temps à t'oublier et à oublier ce qu'on a vécu."
"Moi je n'ai rien oublié, et je n'en ai pas envie. Je suis encore dingue de toi et en te voyant otu à l'heure je l'ai tout de suite compris. Juste un diner."
"Non, écoute ..je dois y aller, à une prochaine."

Elle sortit en bousculant quelques types aux cheveux longs.
Il était encore fou d'elle, et il ne pouvait pas croire qu'elle avait à nouveau disparu sous ses yeux.
Il sortit fumer une cigarette. Il lui fallait un remontant. Quelque chose de fort.

Friday, November 13, 2009