Friday, January 15, 2010

Océan Macabre






















Il est vrai que tout ne peut pas toujours se passer comme on le souhaiterait.

Hier, Sarah sorti de chez elle dans l'intention de se confronter au monde.
Fière allure, sure d'elle et conquérante, elle avait rendez-vous avec son avenir.

Au coin d'une ruelle au fin fond du XXème, à quelques rues du Père Lachaise, une petite boutique faussement désafectée faisait grise mine avec son carreau cassé et ses photos en N&B délavées et désaxées en guise de vitrine. Un frisson lui parcouru le dos.

Son enthousiasme quelque peu diminué elle appuya sur une vieille sonnette rouillée et attendit le tintemment. Silence.
Elle renouvella sa demande et attendit à nouveau. Toujours rien. Elle saisi la poignée mais la porte était vérouillée. Elle essaya de voir au travers de la vitre, frappa sur le carreau, tenta même un "Bonjour, c'est moi Sarah,..., il y a quelqu'un?"
Elle avait pourtant pris rendez-vous, mais personne ne semblait être là.
Dépitée, elle s'apprêtait à partir lorsque la porte s'ouvrit d'elle même comme si une brise avait suffit à l'entrebailler.

"Il y a quelqu'un?"
L'interieur de la pièce semblait poussiereux et inhabité. Elle se faufila à l'intérieur et scruta le moindre détail à la recherche d'une âme vivante.
Un vieux bureau était installé sous la seule fenêtre de la pièce. Une grande plume d'oie baignait dans un encrier séché. Quelques documents manuscrit étaient éparpillés, et une montre à gousset reposait dessus comme pour empêcher qu'ils ne s'envolent.

"Je peux vous aider?"
Sarah sursauta, se retourna brusquement et se retrouva nez à nez avec une femme d'un âge indéfinissable, un sourire énigmatique, une chevelure d'une couleur inconnue et des yeux aussi profonds qu'un océan macabre.

Wednesday, January 13, 2010

Mina

Elle s'appelle Mina et travaille en face.
Elle bosse dans un café et la journée et joue du punk dans des bars la nuit.
Elle boit du whisky et porte toujours un perfecto en cuir un peu trop grand.
Elle a les cheveux court et décolorés blond platine.
Elle a toujours une clope au bec et ses grands yeux bleus se distinguent au milieu de la fumée.

Elle a un chien, un petit boulledogue français.
Elle traine toujours dans les mêmes bars et écoute les Strokes en boucle dans son Ipod.
Elle porte des Tshirts XL monochromes avec des phrases tagées dessus du style "Know your Rights" ou encore "No Future".
Elle a beaucoup d'amis et leur donne tous un surnom bizarre du style "Max le Mac" ou encore "Titi" ou "Zippo".
Elle a souvent des mecs qui lui tournent autour, mais elle ne sort qu'avec des zicos, des bad boys.
Elle ne reste jamais longtemps dans une relation, sa passion c'est la musique.

Elle a plusieurs groupes de rock, et des docks d'une couleur différente pour chacun d'entre eux.
Elle les a nommés elle-même par des noms tous plus dingues les uns que les autres du style "Candy Cannibal Extra", "Simle you're being Fucked" ou encore "Blood on the Dancefloor" ou "Crash".
Elle peint aussi, d'une manière très impulsive et passionée.
Elle prend énormément de photos, et elle a toujours un vieil appareil Leica pendu autour du cou.

Elle est rêveuse et fonceuse à la fois.
Elle aime tout le monde mais ne se laisse pas faire.
Elle se rêve en Rock star et ne vie que pour ça.
Elle n'abandonnera jamais ses rêves, jamais.

Thursday, January 7, 2010

Disparition



Mike s'approche du frigo et en sors une bouteille d evodka congelée.
Après l'avoir vidée il sort et se rend comme à son habitude à l'épicerie du coin pour en racheter une.
Là il tombe sur Irène, avec qui il couche de temps en temps pour se réchauffer durant l'hiver. Elle lui sourit et l'invite à boire sa bouteille chez elle "on fera l'amour en attendant qu'elle soit fraîche, après on la boit et on refait l'amour, qu'est-ce que t'en dis?'
Mike en dit que ce programme lui convient parfaitement.

Après une journée de dur labeur, Mike rentre chez lui et s'affale dans son canap miteux.
La vie est belle.

Quelques jours après cette journée, il apprend qu'Irène a disparue.
Il se rend à son domicile, et ne retrouve que quelques cadavres de bouteilles et quelques préservatifs usagés.
Aucun indice inhabituel quoi. Il l'aimait bien finalement, elle va lui manquer.

Un mois après cet épisode, Irène reste introuvable, et Mike le vit de plus en plus mal; il ne dort plus, il ne mange plus, et boit plus que jamais, c'est à dire beaucoup. Il cherche Irène nuit et jour. Il traine dans les bars, intéroge les kiosks à journaux, les épiciers. Irène n'avait pas de famille connue, et ne fréquentait les gens que de façon éphémère si bien que Mike était en réalité la personne la plus proche d'elle.

Mike se met à retourner de façon de plus en plus régulière chez elle, et fouille, fouille.
Il trouve des lettres d'amour et de haine vieilles d'une dixaine d'années et adressées à un certain ... qui l'a apparemment rendue éperduemment amoureuse et follement triste à la fois. Mike connait Irène depuis cinq ans maintenant et n'a jamais entendu parler de cette histoire qui semble être la seule véritable histoire de la vie d'Irène. Depuis plus de cinq ans elle ne se lie d'amitié avec personne, a coupé les ponts avec tout le monde, se traine de mec en mec et de bouteille en bouteille, et la seule personne qu'elle a été amené à fréquenter de façon régulière, c'est Mike.

Mike pris alors la décision la plus importante de sa vie et disparu.

Tuesday, January 5, 2010

Mélancolique complainte




















Je sors. Il fait sombre et froid, hiver à Paris.
Des nuages de fumées m'appèlent depuis un bar éclairé.
Je décide de suivre cette invitation.

A l'intérieur quelques pèlerins trainent autour d'une table de poker.
Un whisky m'attend sur le comptoir. Je le serre dans ma main froide et le vide d'un trait.

Mon corps se réchauffe un peu, mais je sens qu'il m'en faudra plus.
Une femme danse sur une petite estrade éclairée par un spot rouge. Telle une flemme incandescente elle réchauffe l'atmosphère de la salle, et chacun essaye de se tenir le plus proche d'elle afin de bénéficier de ses bienfaits.

Elle chante de façon très lyrique et mélancolique, probablement du fado. Elle est grande, et sa longue chevelure brune ondule le long de son corps. Sa robe rouge ne dévoile que sa gorge et ses chevilles. Ses mains sont collées à ses hanches et se laissent parfois glisser sur ses hanches ou sa poitrine dans un mouvement de désespoir passionnel. Son visage est maquillé et fait ressortir deux yeux noirs, tristes et sauvages à la fois. Elle ne danse pas vraiment en fait, mais suit le rythme lent de sa douce complainte en accompagnant la douleur de son cœur par une ondulation pouvant provoquer fièvre et frénésie.

Sa chanson terminée elle remercie tout le monde et annonce une pause de 15 minutes.
Derrière elle se trouve une porte qu'elle emprunte; porte donnant probablement accès aux coulisses.
Je décide de la suivre. Le barman ne prête pas attention à moi, et les pauvres bougres sont bien trop occupés à boire ou à jouer pour s'intéresser à quoique ce soit d'autre. J'entrouvre la porte et pénètre dans un couloir sombre qui ne semble avoir pour seule issue qu'une ouverture lumineuse. Je glisse ma tête et aperçois un jardin. Curieusement il n'y fait pas froid et le ciel est rempli d'étoiles. Au milieu du jardin, un puits.  Personne ne semble être là, pourtant je suis sûr d'avoir vu notre chanteuse mysterieuse disparaître ici. Il reste le puits. Je m'approche et regarde au fond.

Je ne me souviens plus de ce qui s'est passé ensuite, mais je me suis retrouvé le lendemain dans mon lit comme à l'habitude, le réveil sonnant à la même heure que tous les jours. Hier je suis retourné dans ce cabaret étrange, mais je n'ai pas retrouvé la sombre sirène, ni l'estrade, ni la porte.

Sunday, January 3, 2010

viVaNt




Elle peint une toile immense dans la vérenda, nue.
Elle utilise son corps pour peindre et sa rage en ressort telle une électricité sexuelle qui pimente l'atmosphère de la pièce.
Ses cheveux sont encore humides et teintés de peinture ocre.
Elle lance sur la toile des taches de couleurs plus vives à chaque fois et son corps entier frémit lorsque le liquide explose sur le blanc immaculé.
Elle s'agite et gesticule dans tous les sens comme si elle était possédée par un esprit vaudou, et qu'un feu brulait à côté d'elle.
La lune est encore moite et apporte un peu de lumière froide à cette scène incandescente.

Je suis attaché à un fauteuil en cuir, nu.
Je ne sais pas où je suis ni qui est cette femme fatale qui danse à la mort entre une toile blanche et moi.
J'ai été drogué, enlevé, déshabillé, attaché, bref fait prisonnier; mon heure a peut-être sonné, pourtant je profite de l'instant présent comme jamais, car je ne me suis jamais senti aussi vivant.